Régime transitoire

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samedi, novembre 7 2009

Citation

Il y a souvent un vide sociétal qui empêche des changements positifs et profonds d'avoir lieu. Ce n'est pas un manque de vision, de bonne volonté, de ressources ou d'idées. C'est un manque de vision et de ressenti partagé de la situation actuelle et des possibilités d'un futur émergeant. Il y a plusieurs façons individuelles et institutionnelles d'interpréter une situation et les idées sur ce qui devrait être fait. Mais ce qui manque, c'est une perception et une compréhension partagées qui permettrait au système dans son ensemble de passer très rapidement de l'idée à l'action.

There is often a societal void that prevents profound positive change from taking place. It is not a lack of vision, good will, resources, or ideas. It's a lack of shared seeing and sensing of the current situation and of emerging future possibilities. There are many individual and institutional ways of interpreting a situation and ideas about what should be done. But what is missing is a shared seeing and understanding that would enable the whole system to move very quickly from idea to action.

Otto Scharmer, Leadership development is not about filling a gap but about igniting a field of inspired connection and action

lundi, mars 23 2009

ETech 2009

Des conférences passionnantes pour qui s'interroge sur les thématiques émergentes en matière d'énergie et de nouvelles technologies ont lieu ces temps-ci aux Etats-Unis. Il y a eu ETech 2009 (Emerging Technology conference) organisé en Californie par Tim O'Reilly , éditeur d'ouvrages sur l'informatique, inventeur du terme web 2.0 et farouche partisan des logiciels libres et du mouvement open source.

Dans son discours d'ouverture, Tim O'Reilly a notamment annoncé l'organisation d'une conférence Gouvernement 2.0 à Washington cet automne.

"We need to give all of our support to the people who have the courage to fight the battle and cut that Gordian knots that have built up over hundreds of years in Washington."

Il a ensuite proposé quatre "conseils" :

  1. Travaillez sur quelque chose qui compte plus pour vous que l'argent.
  2. Créez plus de valeur que vous n'en prenez.
  3. Construisez un système simple et laissez-le évoluer.
  4. Soyez amicaux avec ceux qui vous font grandir.

1. Work on something that matters to you more than money. Be prepared to do something great, flame out and then move on, he says, then uses the analogy of a road trip: you need to keep an eye on the gas tank (your finances), but we're not going on a tour of gas stations.

2. Think about how to create more value than you capture There were people who knew that Ponzi-scheming Wall Street mogul Bernie Madoff was up to something, but they didn't voice their concerns because they wanted to capture the value anyway. This recession is due to the fact that the pressure of greed became systemic – a human pathology that went awry, an illness that we're all suffering from now.

3. Build a simple system – let it evolve. The first IBM PC was open, people continued to build on it. The early world wide web – Tim Berners Lee defined a few simple rules, and people came and built on that. We're seeing that today on Twitter, for example.

4. Be friendly to those who extend you. My whole career is taking what I've learned and saying look at this! I spend my time doing that in publishing, I spend my time doing that at conferences. Changing the world by spreading the knowledge of innovators.

Parmi les thèmes traités en plénière et les intervenants, on remarquera :

  • l'utilisation de systèmes de jeux par Kati London (Area/Code), puis par Jane McGonigal (Institute for the future) qui a présenté les premières conclusions de superstruct (jeu de prévision multijoueur dont je vous avais parlé cet automne) et les résultats d'un autre jeu qui s'est déroulé pendant les trois jours de la conférence ;
  • les éco-cités de demain par Chris Luebkeman (Arup) qui a conçu le projet d'éco-cité chinoise de Dongtan avant que celui-ci soit abandonné ;
  • les ordinateurs bon marché et économes en énergie par Mary Lou Jepsen (Pixel Qi) qui a précédemment travaillé sur le programme OLPC (One Laptop Per Child) ;
  • les moyens de rendre la famille américaine plus durable par Alex Steffen (Worldchanging).

Si prendre l'avion pour aller assister à une conférence aux Etats-Unis est hors de propos, il vous reste toujours twitter.

mercredi, février 11 2009

La Convention des Maires est lancée !

Hier a eu lieu au Parlement Européen à Bruxelles la cérémonie officielle de signature de la Convention des Maires (Covenant of Mayors). Il s'agit d'une initiative de la Commission Européenne qui vise à faire s'engager les collectivités locales sur les objectifs européens de lutte contre le changement climatique. Voici ce que dit la Convention :

Nous, les maires, nous engageons à :

Dépasser les objectifs fixés par l'UE pour 2020 en réduisant d’au moins 20% les émissions de CO2 sur nos territoires respectifs, grâce à la mise en oeuvre d'un Plan d’action en faveur de l'énergie durable dans les champs d’activité relevant de notre compétence. Cet engagement et le Plan d’action seront ratifiés dans le cadre de nos procédures respectives ;

Préparer un inventaire de référence des émissions comme base pour le Plan d’action en faveur de l’énergie durable ;

Soumettre le Plan d’action en faveur de l’énergie durable au cours de l’année suivant notre adhésion formelle au Pacte des Maires ;

Mobiliser la société civile dans notre territoire afin qu'elle prenne part au développement du Plan d’action ainsi qu'à l'identification des politiques et des mesures nécessaires pour mettre en oeuvre et réaliser les objectifs du Plan. Le Plan d’action sera produit dans chaque territoire et sera soumis au Secrétariat dans l'année suivant la ratification du Pacte ;

Produire un rapport de mise en oeuvre au moins tous les deux ans après adoption du Plan d’action à des fins d’évaluation, de suivi et de vérification ;

Au-delà de l'ojectif de réduction des émissions de CO2, l'intérêt de cette initiative réside dans l'obligation de suivi et d'évaluation externe et dans ce dernier engagement :

Accepter d'être privé de notre statut de membre du Pacte, à condition d'en avoir été informé au préalable par une lettre envoyée par le Secrétariat, dans les cas suivants :

i) incapacité de soumettre le Plan d’action en faveur de l'énergie durable dans l’année suivant la signature formelle du Pacte ;

ii) non-respect de l'objectif global de réduction du CO2 prévu dans le Plan d’action dû à l’absence ou l’insuffisance de la mise en oeuvre du Plan d’action ;

iii) incapacité de soumettre un rapport à deux échéances de suite.

Il ne s'agit donc pas d'une charte classique. Les Maires qui s'engagent dans cette Convention ne le font pas à la légère puisque leur plan d'action sera évalué et sa mise en oeuvre suivie.

bannière CdM

Au niveau européen, 370 villes (parmi lesquelles Helsinki, Lisbonne, Bucarest, Dublin, Hambourg ou encore Madrid) ont déjà signé la Convention. "Toutes ces villes, cela représente quelque 80 millions de citoyens, sur un total dans l'Union européenne de 500 millions. C'est une force énorme!", a apprécié le commissaire européen en charge de l'Energie, Andris Piebalgs.

Pour la France, ce sont 42 villes ou intercommunalités qui se sont engagées : Paris, le Grand Lyon, Lille, Nantes Métropole, Grenoble et sa communauté d'agglomération, la communauté urbaine de Dunkerque, Montpellier, etc. A noter que l'Ille-et-Vilaine est particulièrement représentée puisque la Ville de Rennes, l'agglomération de Rennes Métropole et 14 communes périphériques sont signataires ainsi que la communauté de communes du Val d'Ille et deux de ses communes membres.

Pedro Ballesteros, administrateur à la Direction Générale TRansport ENergie (DG TREN) de la Commission Européenne avouait lors de la table-ronde d'ouverture des 10èmes Assises de l'énergie qui se sont déroulées il y a deux semaines à Grenoble à quel point la participation massive des villes européennes était une vraie surprise. J'y vois un formidable espoir si chaque collectivité mobilise largement les acteurs de son territoire.

logo CdM

Côté financement, la Banque Européenne d'Investissement (BEI) a annoncé la création d'un fonds de 15 milliars d'euro pour "financer les services de conseils" aux collectivités locales pour leurs projets. La BEI a également assuré qu'elle était prête à financer jusqu'à 75% du coût total des projets. (Note : il faut croire que la BEI a entendu Anne-Sophie Simpere, chargée de campagne Responsabilité des acteurs financiers aux Amis de la Terre qui déclarait en novembre 2008 : « La BEI est méconnue du grand public, mais c’est une institution financière majeure, et le premier financeur public des industries extractives. Outre leurs impacts désastreux en Afrique, ces investissements sont en contradiction flagrante avec les engagements de la France en matière de lutte contre les changements climatiques, ou avec la nécessité de diminuer en France les consommations en ressources naturelles réaffirmée dans la loi Grenelle 1. La BEI doit cesser d’investir l’argent public dans les industries extractives et s’impliquer dans des projets contribuant réellement au développement soutenable. »). Pour plus d'info, voir sur http://www.counterbalance-eib.org, un collectif interassociatif qui surveille la BEI

Je ne peux pas terminer ce billet sans saluer ici le formidable travail effectué par Energie-Cités, l’association des autorités locales européennes pour une politique énergétique locale durable, qui a été choisie par la Commission Européenne pour diriger le bureau de la Convention des Maires, en collaboration avec les réseaux européens Climate Alliance, Eurocities, CCRE et Fedarene.

Liens :

mercredi, janvier 14 2009

Le retour à la normal est prévu progressivement

Quelques mois de calme sur ce blog suite à une absence de connexion Internet domestique. Je ne suis pas pour autant resté inactif puisque j'ai rejoint avec plaisir l'équipe d'Ecolo-Info et que j'y publie un billet tous les quinze jours.

logo_ecolo-info1.png

Régime transitoire devrait retrouver un peu d'activité dans les semaines à venir, avec pourquoi pas un retour sur les Assises de l'Energie qui auront lieu à Grenoble du 28 au 30 janvier (programme).

mercredi, octobre 15 2008

A quoi pourrait ressembler un monde sans pauvreté ?

Aujourd'hui, 15 octobre, c'est le Blog Action Day consacré à la pauvreté. Pour trouver la matière de ce billet, j'ai repris l'idée proposée par worldchanging dans le billet intitulé "Imagine what comes after green" (et dont j'avais parlé précédemment). J'ai donc essayé d'imaginer un monde sans pauvreté.

La première étape a été de chercher une définition de la pauvreté. Selon Wikipedia :

La pauvreté est l'insuffisance de ressources matérielles, comme la nourriture, l’accès à l’eau potable, les vêtements, le logement, et des conditions de vie en général, mais également de ressources intangibles comme l’accès à l’éducation, l’exercice d’une activité valorisante, le respect reçu des autres citoyens.

Un monde sans pauvreté pourrait donc être un monde où la nourriture, l'accès à l'eau potable, les vêtements et le logement ne font défaut à personne. Serait-ce un monde d'abondance alors ? Vraisemblablement pas, ne serait-ce qu'à cause des limites physiques de la planète que l'empreinte écologique met en évidence : si tout le monde vivait comme un européen, il faudrait 3 planètes.

Donc quel pourrait être un monde où la nourriture, l'accès à l'eau potable, les vêtements et le logement ne font défaut à personne ? Par rapport à la situation actuelle où, selon la Banque Mondiale, 1,4 milliards de personne vivent avec moins de 1,25 dollars par jour, j'imagine deux possibilités :

  • Les revenus des pauvres augmentent. Pour les populations "riches", cela signifierait devoir réduire la pression sur les ressources. Tout d'abord grâce à une meilleure efficacité dans la production de biens et de services. Absolument indispensable et complètement insuffisante. Pour aller au-delà d'une meilleure productivité, il faut aller chercher vers la sobriété. Et Gandhi l'a très bien dit.

''Si chacun ne conservait que ce dont il a besoin, nul ne manquerait de rien, et chacun se contenterait de ce qu'il a.

Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l'homme, mais pas assez pour assouvir son avidité. ''

  • La nourriture, l'eau potable, les vêtements et le logement sont accessibles indépendamment des ressources financières. Cette idée, non soluble dans une société de consommation, est un peu ambitieuse pour être vulgairement traitée en trois phrases en fin de billet. Elle a d'ailleurs certainement déjà été avancée par des révolutionnaires, des idéalistes, des anarchistes, des philosophes, des illuminés, des rêveurs, des romanciers, voire pourquoi pas par des économistes fous. Ceci dit, Immanuel Wallerstein annonce dans le Monde que le capitalisme touche à sa fin :

Nous sommes dans une période, assez rare, où la crise et l'impuissance des puissants laissent une place au libre arbitre de chacun : il existe aujourd'hui un laps de temps pendant lequel nous avons chacun la possibilité d'influencer l'avenir par notre action individuelle. Mais comme cet avenir sera la somme du nombre incalculable de ces actions, il est absolument impossible de prévoir quel modèle s'imposera finalement. Dans dix ans, on y verra peut-être plus clair ; dans trente ou quarante ans, un nouveau système aura émergé. Je crois qu'il est tout aussi possible de voir s'installer un système d'exploitation hélas encore plus violent que le capitalisme, que de voir au contraire se mettre en place un modèle plus égalitaire et redistributif.

C'est peut-être le bon moment pour rêver d'idées folles comme celle d'un monde sans pauvreté.

lundi, octobre 13 2008

Changer la société pour changer la ville

Le billet de worldchanging à l'origine de ma précédente note porte sur le sujet de thèse de Jennie Moore, une étudiante de la School of Community and Regional Planning de l'université de British Columbia : l'application de l'empreinte écologique au niveau des villes et la traduction des résultats en solutions tangibles.

Elle aborde son sujet en considérant les villes comme des systèmes :

Les villes sont essentiellement des nœuds denses de commerce et de consommation. Du point de vue de la théorie des systèmes complexes et de la thermodynamique, les villes sont des structures dissipatives. Elles consomment des matériaux et de l'énergie et produisent des déchets. Elles dépendent des écosystèmes environnants ; elles ne peuvent pas fonctionner à l'intérieur de leurs propres limites géographiques. Cependant, les villes sont aussi des nœuds de capacité organisationnelle. Ainsi, ma recherche questionne l'échelle, le niveau à partir duquel une ville dépasse sa part d'empreinte écologique globale et comment cet impact pourrait être réduit ?

Le billet résume bien ensuite la problématique qui en découle :

Tout d'abord que peut-il être fait pour restructurer la forme physique des villes ? Les solutions les plus évidentes sont connues : une ville dense, du réseau de chaleur, de la production locale de nourriture, etc. Mais le potentiel de changement à travers des solutions de ce type est limité étant donné les formes habituellement non soutenables des espaces urbains existants.

Ce qui amène à s'interroger sur les aspects sociaux et culturels de l'impact écologique des villes. Comment pouvons nous, en tant que citadins, devenir des gardiens de la planète loyaux et équitables dans nos modes de production et de consommation ? Quand la restructuration physique de la ville est poussée aussi loin que possible, quelles opportunités existe-t-il pour des changements dans le comportement social ?

Jennie Moore estime par ailleurs que certaines personnes sont coincées sur la partie de la conception physique de la ville durable, parce que ça signifie qu'en tant que société nous n'avons pas à changer. Ce genre de changement comportemental est encore vu comme socialement et culturellement inacceptable.

Quelles organisations ? Quelles structures ? Quelles valeurs ? Quelles politiques seront nécessaires pour avancer vers les villes durables ? A trop se concentrer sur les solutions techniques, il se pourrait que l'on passe à côté des éléments les plus décisifs pour faire évoluer nos façons d'habiter et de vivre la ville. Mais en abordant la question du changement sous ses angles social, culturel ou encore organisationnel on soulève des enjeux relativement délicats à gérer et dont les conséquences peuvent être difficiles à prévoir. Et on sait à quel point l'incertitude est assimilée à un risque que l'on va chercher à minimiser.

Ce n'est sans doute pas un hasard si les projets présentés dans le cadre de l'initiative pour le “développement urbain connecté” (Connected Urban Development) promue par Cisco, et dont la conférence s'est tenue à Amsterdam les 23 et 24 septembre 2008, ont une fâcheuse tendance, comme l'indique Daniel Kaplan délégué général de la Fondation pour l'Internet Nouvelle Génération (FING), à faire le bien des citadins pour eux, parfois même un peu contre eux. Les citoyens ne sont guère consultés, ils participent encore moins à définir les projets de “villes durable”, quant à en être coproducteurs….

Une approche trop technique de la ville durable n'aboutira vraisemblablement pas aux résultats espérés. Une approche plus humaine, voire sensible, sera sans doute nécessaire pour opérer la mutation en profondeur dont nos villes ont besoin.

samedi, octobre 11 2008

Et si on vivait à l'échelle d'une planète ?

Blandine Pidoux, qui anime le blog de la campagne Imagine d'Energie-cités, a récemment mis en avant un billet publié sur le site worldchanging.com où il est question du concept "One Planet Living" (OPL pour les intimes) et de sa déclinaison à l'échelle d'une ville.

L'idée de One Planet Living est basée sur l'empreinte écologique. Selon la définition du WWF dans le rapport Planète Vivante 2006 :

L'empreinte écologique mesure la demande de l'humanité vis-à-vis de la biosphère. Elle se mesure en surfaces biologiquement productives de terre et de mer, nécessaires pour fournir les ressources que nous utilisons et les déchets que nous produisons.

Si chacun sur terre vivait comme un européen, il faudrait trois planètes Terre. WWF et BioRegional (les initiateurs de BedZed) ont donc élaboré 10 principes devant permettre de vivre à l'échelle de notre planète. Ce sont les 10 principes One Planet Living.

opl_10_principles.jpg

Chacun de ces principes répond à un défi environnemental majeur, pose un objectif global à long terme et induit une stratégie de mise en oeuvre.

Par exemple :

  • Zero carbone est bien entendu lié au changement climatique entrainé par les émissions humaines de gaz à effet de serre. L'objectif est d'atteindre des émissions de CO2 nettes nulles pour les projets OPL. La stratégie correspondante est de réduire les besoins (toujours la sobriété énergétique en premier, j'y reviendrai), de mettre en oeuvre l'efficacité énergétique dans les bâtiments et les infrastructures, puis d'utiliser des sources d'énergie renouvelables locales (voire non locales si le contexte l'impose).
  • Zero déchet doit répondre à l'énorme défi posé par l'élimination des déchets et par le gaspillage de ressources précieuses. L'objectif est d'arrêter l'envoi de déchets en décharges ou en incinérateurs. La stratégie de mise en oeuvre de ce principe s'appuie sur une meilleure conception pour réduire les déchets à la source, sur un encouragement à la réutilisation, au recyclage et au compostage, sur la génération "propre" d'énergie à partir de déchets, sur l'élimination du concept de déchet dans une société qui gère efficacement ses ressources.
  • Transport durable (ou soutenable) car les déplacements en avion et en voiture peuvent contribuer au changement climatique, aux pollutions sonores et de l'air. L'objectif est de réduire la dépendance aux véhicules privés et d'entrainer des réductions majeures dans les émissions de CO2 dues au transport. Pour cela, il est proposé de fournir des systèmes de transport et des infrastructures qui réduisent la dépendance à l'usage de carburant fossile et de compenser les émissions du trafic aérien et peut-être du transport routier.

Les sept autres principes sont :

  • Matériaux locaux et durables
  • Nourriture locale et durable
  • Eau durable
  • Habitats naturels et vie sauvage
  • Culture et patrimoine
  • Equité et commerce équitable
  • Santé et bonheur

Un manuel relativement complet sur ce programme détaille la méthodologie pour appliquer ces principes à l'échelle de villes ou de quartiers.

OPCmap.gif



Un certain nombre de projets de communautés OPL sont déjà engagés au niveau mondial dont un site d’écotourisme et d’habitation au Portugal (Mata de Sesimbra), ou un projet de 2 000 logements appelé aux portes de Londres. BioRegional travaille également avec l'arrondissement londonien de Sutton pour la mise en oeuvre des 10 principes OPL à travers un plan d'action. C'est le programme Towards One Planet Living in Sutton que j'avais évoqué dans un précédent billet.

J'ai assisté aujourd'hui à une rencontre organisée par Rennes Métropole sur la mise en oeuvre des Agenda 21 dans les communes de l'agglomération. Une première table ronde a été l'occasion d'entendre quatre élus de "petites communes" (2 à 3 000 habitants en moyenne) présenter leurs actions de développement durable. J'ai été frappé par la très grande cohérence des élus et leur engagement. Les difficultés présentées concernaient surtout la communication et l'évaluation. Pas évident en effet de communiquer sur un concept aussi large que le développement durable, de donner du sens et de la cohérence à ce qui peut ressembler à une juxtaposition d'actions, et d'évaluer un plan d'action qui traite aussi bien d'aménagement, de déplacements ou encore d'espace verts. Comment savoir où l'on va quand on ne dispose que d'un baromètre du développement durable et pas d'une direction claire et comprise par tous ?

C'est à mon avis l'intérêt principal de l'empreinte écologique.

  • Elle permet de fixer un objectif à un agenda 21 de collectivité (vivre au niveau d'une planète sur un territoire).
  • Elle donne du sens au plan d'action.
  • Elle rend possible une évaluation de son impact global (en plus de l'évaluation de chacune des actions qui le composent).
  • Elle facilite énormément la communication en rendant lisible l'action publique.
  • Elle permet la mobilisation des acteurs du territoire autour d'un projet symboliquement fort.

Ne serait-ce que pour cette dernière raison, l'utilisation de l'empreinte écologique à l'échelle des territoires mérite d'être approfondie.

mercredi, octobre 1 2008

"A l'échelle urbaine, nous devons penser à des solutions écologiques intégrées et positives."

cover_wired_190.jpgWired Magazine vient de publier une liste des quinze personnes que le futur président (des Etats-Unis) devrait écouter. Mitchell Joachim fait partie de cette liste. Après avoir étudié l'urbanisme et l'architecture à Harvard et Columbia, il a obtenu un doctorat en architecture au MIT. Son principal centre d'intérêt ? Comment réduire l'empreinte écologique des villes ? Ce qui n'est pas un projet de court-terme quand il explique qu'il a fallu 15 à 20 ans pour construire une voiture hybride et 40 à 50 ans pour changer le paradigme de base de la construction des bâtiments. Il estime que pour changer une ville, c'est 100 à 150 ans.

Pour lui, la plus grande priorité concerne la mobilité et ses inefficacités (inefficiencies). Il explique que la voiture est un des plus grande source de gaspillage. En énergie, mais aussi en espace. Il note qu'une voiture reste garée pendant plus de 90% de la journée. Depuis près d'un siècle, les villes ont été construites autour des voitures. Pourquoi ne pas concevoir une voiture autour de la ville ?

Mitchell_Joachim.jpg

Il s'intéresse donc aux voitures et élabore plusieurs concepts intéressants. La voiture molle (soft car pour Sustainable Omni Flow Transport), mais surtout la voiture compacte (compacted car ou city car), conçue avec le Smart Cities group du MIT, qui a été primée meilleure invention de l'année 2007 par le Time Magazine.

citycar.jpg

Un article du New York Times aide à comprendre le concept général de voitures adaptées au milieu urbain :

Il est peu probable qu'un cheval quitte la route. Un cheval évite naturellement les collisions frontales. Et au moins, il vient quand on le siffle. Avec le cheval en tête, Joachim Mitchell a aidé à concevoir une voiture électrique légère qui sentirait la présence des autres véhicules et ralentirait dans les zones potentiellement dangereuses. Les systèmes de navigation embarqués emmèneraient les gens où ils veulent. Les parcmètres, reliés entre eux et aux véhicules pourraient signaler une place disponible. Ces voitures intelligentes pourraient même sentir ce nid-de-poule sur lequel vous venez de rouler et le signaler aux équipes de maintenance. Parce que les véhicules pourraient être faits de coques de plastique à base de soja qui pourraient se cogner aux autres sans dommage, ils pourraient bouger en troupeau. Les designers appellent ça les l'embouteillage doux. Des systèmes de frein rapide protègeant les piétons, il n'y aurait plus besoin de trottoirs, de voies ou de feux.

Un extrait d'un de ses entretiens] permet également de saisir toute l'ambition qui est la sienne.

La clé pour être durable, est de ne pas être durable ! Par exemple, voudriez-vous que votre mariage/relation soit "durable" ? Non, les gens souhaitent évoluer, grandir, vivre, apprendre, etc., pas simplement passer l'année. La "durabilité", comme terme, n'est pas assez provocant pour les villes. A l'échelle urbaine, nous devons penser à des solutions écologiques intégrées et positives. Des solutions qui s'imbriquent holistiquement dans le métabolisme de l'urbanité. Imaginez les voitures dans notre ville du futur ; comment peuvent elles positivement contribuer à l'écologie locale ? Quel genre de voiture nettoire l'air and accounts for 50 years of industrial pollution ? Aujourd'hui, on se concentre surtout sur les voitures dans la ville qui sont des modèles basés sur l'efficacité. Elles causent moins de dommage que les voitures précédentes, mais elles continuent à exacerber la crise énergétique. Des modèles neutres ne sont guère meilleurs. Des véhicules à émission zéro ne causent plus de dommage, mais n'améliorent pas la situation actuelle. Un système de mobilité écologiquement positif est l'objectif les plus provocant pour les villes du futur. Cela signifie des véhicules alimentés par des sources d'énergie renouvelables, ajoutés au réseau électrique, qui possèdent de l'intelligence et qui soignent l'atmosphère. Comme des véhicules à pile à combustible avec reformation d'hydrogène vert.

Voici le début d'une présentation de Joachim Mitchell donnée en juin 2007.


City, Ecology, Mobility - With Mitch Joachim, Terreform 1

et la suite


City, Ecology, Mobility - With Mitch Joachim, Terreform 2

Un billet sur cette même présentation est lisible ici.

vendredi, septembre 26 2008

Bali-Poznan-Copenhague

6_Poznan_015.jpgEnergie-Cités appelle les maires des villes membres de l'association à se rendre à la 14ème Conférence des Parties (COP 14) signataires de la Convention Climat qui se tiendra du 1er au 12 décembre 2008 à Poznan, en Pologne. Pourquoi cet appel ? L'après Kyoto, l'après 2012, est en train de se négocier. Poznan sera le dernier temps fort avant la négociation finale qui aura lieu à Copenhague au cours de la COP 15 un an plus tard.

Energie-Cités et les réseaux européens et internationaux de collectivités locales (Climate Alliance, CCRE, Eurocities et ICLEI) participent activement à la préparation d’une Feuille de Route sur le Climat pour les villes et gouvernements locaux intitulée Bali-Poznan-Copenhague.

L’objectif de cette initiative est de donner une plus grande visibilité aux collectivités locales dans ce processus mondial et promouvoir le rôle important qu’elles peuvent y jouer, ainsi que leurs responsabilités dans la réalisation des objectifs fixés par la communauté internationale.

Energie-Cités entend lier étroitement la Convention des Maires au processus des Nations Unies. C’est pourquoi Energie-Cités encourage ses membres à assister aux sessions réservées aux collectivités locales prévues du 9 au 11 décembre à Konin et Poznan.

Les sessions en questions s'intitulent Local Government Climate Sessions (LGCS).

The LGCS will convene local government leaders and facilitate the dialogue between the local sphere of government and national and supranational levels of government, multilateral bodies and international organisations. Local government representatives will invite COP delegates to discuss the local government positions and to explain why and how local governments wish recognition as key actors for implementing CO2 reduction targets. The sessions will document the huge potential of local action as well as the required framework condition for increasing these activities even much further.

Elles doivent permettre aux Maires et à leurs réseaux européens et internationaux de positionner les collectivités locales comme acteurs à part entière pour l'atteinte des objectifs de réduction de GES. Ce sera aussi l'occasion d'évoquer le cadre nécessaire permettant d'amplifier leurs activités.

Avec les obligations qui s'annoncent dans le projet de loi Grenelle 2 pour les collectivités de réaliser un bilan des émissions de gaz à effet de serre et un Plan Climat Territorial (en concertation avec l'ensemble des acteurs), l'heure n'est clairement plus à la démarche avant-gardiste de quelques élus de bonne volonté.

La politique énergétique d'une ville ne se limite pas à l'achat d'électricité verte ou à la performance de son système d'éclairage public. Elle concerne l'ensemble de ses compétences et va même au-delà puisque la collectivité locale va également avoir la responsabilité de mobiliser ses habitants, les entreprises, les commerçants, les associations de son territoire pour libérer leurs énergies créatrices autour d'un projet identitaire de territoire à faible empreinte carbone. Les élus sauront-ils prendre la mesure de la tâche ? D'où viendra l'étincelle ? La reconnaissance internationale du rôle des collectivités locales pourrait sans doute être un excellent déclencheur.

Polska by Ewa and Maek Wojciechowsy form www.poczta-polska.pl/mw with the permission of the author

mercredi, septembre 24 2008

En vrac

  • Enercoop a besoin de nous. Enercoop ? C'est le 5e fournisseur d’électricité en France ! C'est une société coopérative qui fournit de l’électricité 100% renouvelable depuis 2005. Fondée et soutenue par un large réseau associatif et coopératif, elle compte aujourd’hui plus de 2300 clients et 1716 sociétaires. Aujourd'hui, le prix, sans cesse plus élevé, de l’énergie, les conditions d’accès aux énergies renouvelables et d’autres distorsions du secteur énergétique, rendent l'avenir d'Enercoop incertain.

L’association Les Amis d’Enercoop a été créée dans le but de soutenir le petit poucet vert du marché électrique hexagonal. Trois possibilités :

  1. devenir consommateur en souscrivant un contrat de fourniture
  2. consommateur + sociétaire en souscrivant une ou plusieurs parts de capital (100 € la part)
  3. faire un don (ouvrant droit à une réduction d’impôt) aux amis d'Enercoop qui souscriront ensuite des parts de capital.

Alors qu'est-ce qu'on fait ? On soutient Enercoop et on fait plaisir à Hélène le jour de son anniversaire !!

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  • 17 villes européennes se sont déjà engagées dans le Pacte des Maires (covenant of mayors, c'est l'engagement des collectivités locales à réduire de 20% les émissions de GES sur leur territoire d'ici à 2020) et 126 ont manifesté leur intérêt.

Edité par les Editions MAG&CO, 100 % indépendantes de tout groupe de presse, écollectivités magazine est dédié à l’ACTION des collectivités territoriales dans le domaine de la protection de l’environnement et du développement durable. Véritable outil de travail, ce mensuel a pour vocation de mutualiser les expériences des communes, des groupements et d’être le vecteur de partage d’initiatives afin d’animer un réseau d’acteurs.

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Etant donné l'orientation de ce blog, je ne pouvais qu'être attentif à ce nouvel outil de travail. Et je dois avouer qu'il répond tout à fait à mes besoins (j'y ai trouvé un contact pas plus tard que cet après-midi), avec des retours d'expérience, des témoignages d'acteur, des données chiffrées. Il ne s'agit pas d'un magazine sur l'actualité environnementale avec une section collectivités locales (type actu-environnement), ni d'un magazine sur les collectivités locales avec des articles sur l'environnement (type la gazette). Non, c'est vraiment sur la prise en compte des thématiques environnementales dans les collectivités locales et c'est très bien !

  • La rédaction d'InternetActu blogue en direct cette semaine de deux évènements à Amsterdam : PicNic08, la conférence hollandaise sur la créativité et l’innovation dans les nouvelles technologies, et la conférence du programme "Connected Urban Development", organisée par Cisco.

samedi, septembre 20 2008

2019, c'est déjà demain

Initialement, je pensais écrire à propos de l'initiative One Planet Living (OPL) du WWF. Et finalement, un twitt de Jamais Cascio à propos de Superstruct (dont j'ai parlé tout récemment) m'a renvoyé en 2019.

Quoi de neuf sur ce jeu alors que l'histoire commence ce lundi 22 septembre et que le jeu en tant que tel débute le 06 octobre ?

Tout d'abord, une liste de Game Masters qui récompenseront leur superstructure préférée à la fin du jeu. Et dans cette liste figurent quelques noms connus :

  • Tim Kring, createur de la série HEROES ;
  • Bruce Sterling, écrivain de science fiction et essayiste ;
  • Jimmy Wales, fondateur de Wikipedia et Wikia ;
  • Tim O'Reilly, fondateur et PDG de O'Reilly Media.

Cela entretient l'impatience qui semble gagner les joueurs. Le groupe facebook est déjà bien actif, les twitts tagués #2019 se multiplient et les récits de diner en 2019 dépassent déjà la centaine.

Un joueur de Birmingham a même réellement commencé à jouer. Voici ce qu'en dit une des personnes de l'Institute For The Future :

Nous avons reçu un étrange paquet au courrier aujourd'hui. Adressé à Superstruct, adresse de retour, "fragile". A l'intérieur, huit enveloppes contenant des petits pots de verre et une lettre de www.2019.theweatherproject.org nous demandant de vider le contenu de la bouteille (de l'air d'Angleterre) et d'entrer notre propre échantillon. Ensuite nous pouvons leur renvoyer pour un système de suivi.

Et à l'adresse indiquée, on trouve effectivement un site de collecte d'échantillons d'air en 2019 qui envoie réellement des kits de prélèvement aux personnes qui en font la demande. La conceptrice du jeu, Jane McGonigal, en est complètement bluffée. Cela correspond tout à fait à la définition qu'elle donne de Superstruct : un jeu du réel plutôt qu'un jeu de rôle ("real play, not role play").

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Jamais Cascio justement s'interroge sur les conséquences de l'utilisation de divers média pour inventer un réel futur. Il prévient que certaines personnes prendront le jeu pour la réalité. Vivant dans des sociétés saturées de média, il est extrêmement difficile (impossible ?) de distinguer le réel du réaliste.

Plus tôt cette semaine, Google News a posté un article vieux de six ans du South Florida Sun à propos du dépôt de banqueroute d'United Airlines en 2002. L'article, dans les archives du Sun, ne contenait pas de date d'enregistrement, et l'algorithme de google a décidé (sans que ce soit irraisonnable) qu'il était nouveau. Bien que United Airlines ne soit pas en banqueroute, l'entreprise a à faire face, comme toutes les compagnies aériennes, à un marché difficile. Ainsi, une apparemment nouvelle annonce de banqueroute semblait suffisamment plausible pour faire chuter le prix des actions de 75%. Après que les traders aient réalisé l'erreur, les actions de la compagnie ont repris la plupart de leur valeur à la fin de la journée.

Orson Welles a en son temps causé une panique avec une faible audience. Mais aujourd'hui avec Internet, la réaction est à la fois plus rapide et plus forte en amplitude. Jamais Cascio conclut son billet en avertissant : "Don't believe everything you read."

jeudi, septembre 18 2008

Quelles recherches en France pour des villes durables ?

J'ai fait la découverte récemment de l'Institut de Recherche en Sciences et Techniques de la Ville (IRSTV) à Nantes qui rassemble 15 laboratoires à travers 6 projets de recherche fédératifs :

  1. Télédétection urbaine : caractérisation des tissus urbains par télédétection satellitaire
  2. Données urbaines : outils et méthodes pour l’analyse spatiale de l’environnement urbain
  3. Microclimatologie urbaine : modélisation microclimatique urbaine intégrée à l’échelle d’un quartier
  4. Environnement sonore urbain : simulateur des ambiances sonores urbaines
  5. Le projet urbain durable : conception urbaine dans le respect de l’environnement et du cadre de vie
  6. SAP : secteur atelier pluridisciplinaire

Leurs projets de recherche semblent notamment intéressants pour une collectivité territoriale qui s'inquièterait de son adaptation au changement climatique et des outils à mettre en place pour devenir plus durable. J'ai remarqué notamment :

  • ClifUrbain : le changement climatique à l’échelle de la ville
  • MUSCAD - Analyse multi-échelle de la micro-climatologie d’un quartier
  • PDU (2007-2008)- Elaboration d’une méthodologie d’évaluation pluridisciplinaire des actions de Plan de Déplacement Urbain
  • Eval-PDU - Évaluation des impacts environnementaux d’un PDU et de leurs conséquences socio-économiques : développements méthodologiques et tests sur le PDU de Nantes Métropole

Ce dernier projet a été retenu dans le cadre de l'appel à projets Villes Durables de l'Agence Nationale de la Recherche (ANR). La liste des projets sélectionnés semble là encore très intéressante :

  • ACV Quartiers - Aide à l'éco-conception des quartiers par l'analyse de cycle de vie
  • CONFLUENT – CONnaissances des FLux Urbains, EmpreiNTes environnementales et gouvernance durable
  • ENERGIHAB – La consommation énergétique : de la résidence à la ville. Aspects sociaux, techniques et économiques
  • FURET – Chantiers furtifs urbains
  • MIRO2 – Modélisation Intra-urbaine des Rythmes quOtidiens : accroître l’accessibilité à la ville pour maîtriser la mobilité urbaine
  • PLAINSUDD – PLAteformes numériques INnovantes de Simulation Urbaines pour le Développement Durable
  • ...

Un autre appel à projet est accrocheur pour qui s'intéresse au changement climatique : Vulnérabilité : milieux, climat et société. Dans la liste des projets financés, j'ai noté :

  • ACOCLI – Adaptations cognitives aux changements climatiques, et
  • VURCA – Vulnérabilité URbaine aux épisodes Caniculaires et stratégies d’Adaptation.

A l'issu de cette rapide liste de projets de recherche enthousiasmants, je m'interroge sur l'organisation du transfert de connaissance vers les collectivités locales au-delà des seuls partenaires des projets. Repose-t-il uniquement sur la presse spécialisée et les sites professionnels ? Ou bien existe-t-il une agence, des réseaux, chargés de disséminer les résultats les plus pertinents ? Le temps des projets d'urbanisme étant relativement long, saurons-nous intégrer les pratiques les plus innovantes et les nouveaux résultats de la recherche avec suffisamment de rapidité et d'efficacité pour ne plus laisser se construire des quartiers et des bâtiments non durables ?

dimanche, septembre 14 2008

Imaginez le monde...

Il y a un mois, Anne-Sophie traduisait dans Ecolo-Info un article du site worldchanging.com intitulé "Imagine What Comes After Green" (dont je vous recommande la lecture). Le principe ?

L’équipe de Worldchanging propose de partager en mots, en images et en sons nos idées pour dépasser les aspects dépassés de notre société actuelle et la manière dont on peut les remplacer avec une façon plus adaptée d’agir… Commencez par la formule “imaginez un monde sans…”

Je vous laisse lire la traduction d'Anne-Sophie pour quelques exemples proposés par l'équipe du site :

  • Imaginez un monde sans poubelle
  • Imaginez un monde sans mise en garde
  • Imaginez un monde sans pollution industrielle
  • Imaginez un monde sans climatiseurs
  • Imaginez qu'il n'y ait plus de trottoirs
  • Imaginez un monde sans récession
  • Imaginez qu'il n'y ait plus de maintenance
  • Imaginez un monde sans urgence
  • Imaginez qu'il n'y ait plus de factures d'électricité

Une autre façon de libérer l'imagination est de travailler autour de scénarios. C'est le cas de Superstruct, the first massively multiplayer forecasting game, qui sera lancé ce 22 septembre par the Institute for the future. Leur slogan ?

Le scénario du jeu débute avec une dépêche du 22 septembre 2019 qui titre sur le Système d'Alerte Extinction Globale dont les résultats d'une année de simulation fixent l'horizon de survie de l'homo-sapiens à 23 ans. La cause ? Une combinaison de cinq super-menaces qui représentent la collision de risques économiques, sociaux et environnementaux. Chacune de ces super-menaces est un défi aux capacités d'adaptation du monde. Leur combinaison peut définitivement détruire la capacité de notre espèce à survivre.

Les cinq super-menaces sont :

  • des ruptures dans la chaine d'approvisionnement alimentaire,
  • une pandémie liée au SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère),
  • une guerre des carburants alternatifs,
  • la société hors réseaux,
  • des millions de réfugiés climatiques.

Le défi qui est posé aux joueurs est de chroniquer cette année 2019 en décrivant les solutions à mettre en œuvre pour faire face aux super-menaces. Superstruct va se jouer sur des forums, blogs, vidéos, wiki, et d'autres espaces en ligne. Les animateurs du jeu feront exister cette année 2019, les joueurs la feront vivre.

On en apprend un peu plus dans l'annonce de recrutement pour cinq maitres de jeu passée sur le blog de Jamais Cascio (co-fondateur de Worldchanging, tiens le monde est petit !). Cinq maitres de jeu ayant chacun la charge d'une super-menace et de la communautés de joueurs qui se formera autour. Ils devront lire et regarder les productions des joueurs, puis faire la synthèse et le résumé des contributions les plus intéressantes à travers une nouvelle hebdomadaire. Jamais a également twitté que le tag #2019 sera utilisé pour reconnaitre les messages liés au jeu.

J'avoue que je suis très impatient de voir comment ce jeu va évoluer. L'utilisation de techniques narratives va-t-elle permettre une meilleure immersion des participants et en retour une richesse d'expression et d'imagination ? Je n'aurai pas le temps d'écrire en anglais, mais peut-être que j'essaierai de participer en solo et en français sur ce blog. Si d'autres personnes veulent s'associer à moi pour jouer ensemble, ce sera avec grand plaisir et la certitude de me voir franchir le pas. Alors avis aux amateurs !

mercredi, septembre 10 2008

On sue à Sutton. Sue-t-on à St Malo ?

Comment favoriser l'utilisation du vélo comme moyen de transport en ville ?

Prendre son vélo pour se rendre au travail, c'est bon pour la santé. Mais si cela signifie arriver en sueur au bureau, ça pose problème. Pour les salariés qui travaillent dans le centre du London Borough of Sutton (un arrondissement londonien), qui utilisent la marche ou le vélo comme moyen de transport et dont l'employeur est membre du Sutton Town Centre Business Travel Network, ce n'est plus un problème. A partir du 1er septembre, et durant six mois (durée de l'expérimentation), ils peuvent bénéficier d'une douche gratuite au Holiday Inn London-Sutton sur simple présentation d'une carte d'identité. Ils doivent avoir avec eux savon et serviette. Cette offre est ouverte à plus de 5 000 employés qui travaillent dans 70 entreprises.

Il s'agit d'une initiative du Smarter Travel Sutton, un projet partenarial de trois ans qui associe le Sutton Council et Transport for London pour réduire l'usage de la voiture et promouvoir les modes de déplacement alternatifs. Il est pourvu d'un budget de 5 millions de livres (via Energie-Cités).

Showers.jpg

En France aussi, ça bouge du côté des vélos. Le Comité de promotion du vélo (dont Denis Baupin est le président) vient de proposer que la fiscalité incitative serve à la promotion de l'usage du vélo, mode de transport doux par excellence.

-> Un bonus pour l’achat d’un vélo - dont le montant pourrait être plafonné à 124 euros, soit 50% du coût moyen d’un vélo en 2007 - ainsi que pour l’achat d’accessoires, de pièces détachées, de services d’entretien, de réparation et de location de vélos, est une des mesures avancées par le Comité.

-> Le Comité de promotion du vélo propose également l’abaissement du taux de TVA sur les vélos, accessoires, services de main d’oeuvre pour l’entretien et la réparation des vélos ainsi que la création d’une indemnité pour les déplacements domicile/travail effectués à vélo, dans le cadre des Plans de déplacements d’entreprises. De même, l’utilisation du vélo pourrait être encouragée dans le cadre du chèque transport annoncé par le Gouvernement.

Il faut savoir qu'une telle indemnité existe déjà en Belgique au tarif de 0,15 €/km.

Et pour la route, un dernier exemple de promotion du vélo avec la proposition d'un couple d'hôteliers de St Malo. Pour une nuit réservée, les propriétaires de l'hotel Elizabeth offrent une journée de location de vélo. La seule condition ? Etre venu en train !!

dimanche, septembre 7 2008

Le territoire, brique de base de la société

Suite à mon billet sur le séminaire Imagine 2008, je viens de relire la conférence donnée en introduction du séminaire 2007 par Pierre Calame (Fondation Charles Léopold Mayer pour le progrès de l'Homme) et intitulée "Le territoire, brique de base de la société".

Son point de départ est la question de la place de la gestion territoriale dans la gestion de l'énergie. A partir de cette thématique, il va traiter cinq questions.

1 - Comment est-on passé de la fin des villes à la revanche des territoires ?

2 - Comment un territoire devient un acteur social ?

Quand on parle du territoire comme un acteur social, celui-ci est souvent réduit à la collectivité locale. Or la collectivité locale n'est pas l'acteur social territoire. Cette méprise vient du fait que pour la plupart d'entre nous, un acteur est une institution. Mais un acteur n'est pas nécessairement une institution. C'est le processus social que l'on déploie qui fait devenir acteur et la composante majeure d'un acteur c'est la capacité de projet. (...) On ne naît pas acteur, on le devient. Un défi de la construction des territoires aujourd'hui est de passer de l'idée d'un espace administratif et politique sur lequel coexiste un certain nombre de fonctions, à l'idée d'un acteur qui se construit autour d'un projet.

Arc_et_Senans_01.jpg Saline royale d'Arc-et-Senans

3 - Comment penser le territoire comme un être vivant collectif et qu'est-ce que cela entraîne comme réflexion sur son fonctionnement profond ?

4 - Comment réfléchir aux ruptures dans la gouvernance, aux ruptures institutionnelles nécessaires pour parvenir à aborder correctement la question de la gouvernance territoriale ?

Les niveaux de gouvernance dans la décentralisation ont été pensés comme ayant des compétences exclusives. Il n'y a donc ni réelle coordination, ni recherche de synergie dans la résolution des problèmes. La question de la gouvernance a évolué pour passer de celle du partage des compétences à celle de leur articulation. Il faut repenser la relation entre échelles et non la coupure entre échelles.

5 - Pourquoi le changement est-il si difficile ? Quels sont les ingrédients d'une stratégie de changement ?

Les ruptures culturelles et institutionnelles nécessaires pour que des innovations se généralisent peuvent-elles être produites par une somme d'innovation au niveau local ? Pour comprendre comment peut survenir le changement systémique et qui implique à la fois les décideurs, les institutions et les volontés politiques, Pierre Calame propose une grille de lecture basée sur trois losanges : le losange des acteurs, le losange des échelles et le losange des étapes.

Le losange des acteurs

Le changement ne s'opérant jamais dans l'abstrait, il faut des innovateurs qui se révoltent contre l'absurdité à eux révélée et qui posent des actes. En eux-mêmes, les innovateurs ne font pas le changement. Seuls, ils gagnent des batailles mais ils perdent des guerres. (...) Les innovateurs sont absolument indispensables et absolument insuffisants. On a aussi besoin de doctrinaires. On ne pense jamais de rien et nos grilles de lecture sont d'autant plus redoutables qu'elles sont implicites. Les changements conceptuels sont vitaux et il faut faire un travail théorique important. Or souvent, les innovateurs et les doctrinaires s'envient, se jalousent. Les innovateurs ont honte de ne pas penser et les doctrinaires ont honte de ne point agir. Mais s'il n'y a pas les deux, la pensée n'est pas productive et l'action ne va jamais très loin. La troisième catégorie, que les entreprises connaissent bien, est la catégorie des généralisateurs qui fait passer du prototype à la série. Ce peut être les réseaux, les appareils hiérarchiques, les systèmes de formateurs. Quatrième catégorie : les régulateurs et on pense à la fiscalité, à la législation. Ils créent le cadre juridique, financier, économique qui permet aux innovations généralisées de se déployer. Quand on travaille sur un problème et que l'on croit en quelque chose en se disant « il faut que ça change », il faut savoir repérer ces 4 catégories d'acteurs.

Le losange des échelles

L'échelle locale, décisive, doit se relier aux autres (nationale, régionale, mondiale) sinon on se retrouvera dans la situation des innovations qui luttent contre vents et marées. La question de la construction des liens entre ces 4 niveaux nécessaires au changement est une question essentielle.

Le losange des étapes

Tout processus de changement peut être pensé et conduit en quatre étapes. Première étape, celle de la conscience de crise. Deuxième étape, celle de la construction d'une vision sans laquelle on ne peut pas devenir acteur. Troisième étape, celle de la recherche de ses alliés, car on ne fait pas de changement tout seul. Enfin, l'étape de définition des premières étapes opérationnelles, car tout changement est anxiogène, tout changement se heurte au sentiment d'impuissance et comme on ne prouve le mouvement qu'en marchant il faut poser les premiers pas.

J'ai trouvé cette réflexion tout à fait stimulante. La question de l'articulation des échelles de compétence est une question centrale dès qu'on travaille en collectivité locale : quelles relations, quelles synergies entre le plan climat territorial d'une grande ville et celui de son agglomération ? Et réciproquement. Quelle action d'une ville sur l'habitat situé sur son territoire quand la compétence est à l'agglo ?

Ce qui est particulièrement intéressant, c'est que Pierre Calame dépasse les initiatives locales pour s'intéresser aux conditions du changement systémique. Il apparait que l'on doit jouer sur trois dimensions complémentaires :

  • la dimension humaine avec le losange des acteurs,
  • la dimension spatiale avec le losange des échelles, et
  • la dimension temporelle avec le losange des étapes.

Mais qui est à la barre ? Qui agit pour passer d'initiatives locales à des changements systémiques ? Est-on dans des logiques top-down ou bottom-up ? Est-ce l'activité simultanée du losange d'acteurs autour d'une innovation qui permet d'avancer au niveau des échelles et des étapes ?


Photo credit : Patrick Giraud, Creative Commons License

jeudi, septembre 4 2008

Imagine

Energie-Cités (l’association des autorités locales européennes pour une politique énergétique locale durable, 170 membres de 30 pays représentant plus de 700 villes) annonce sur le blog de la campagne Imagine le 3ème séminaire de cette campagne à la Saline Royale d'Arc-et-Senans les 19 et 20 novembre 2008. Le thème de cette année sera Sharing a vision of a desirable future for my city.

“Factor 4”, “3x20”, “the 2000W society”… An increasing number of local authorities are expressing their intention to commit to such objectives and elected representatives are joining the “Covenant of Mayors ”. The explosion in energy prices has blown away any remaining doubts: our mode of development is definitely not sustainable. We need a complete change of direction! But how can we achieve this? What strategies should be implemented? What actors should be involved?

A baffling problem?

Yes, if we remain prisoners of our past and present habits. In this scenario, the slightest change is viewed as an insuperable obstacle. Discouragement is only a short step away and failure a certainty.

No, if we seize this opportunity to IMAGINE what our cities will be like in 2020 or within one generation; if we are able to build and share a vision for a desirable future; if we agree to redesign all our policies on the basis of the new paradigm. It is the road to success. However, we must change our methods to achieve this: old recipes will not work. In a democratic society, such a change of direction cannot be made without the support of citizens in their private, professional and voluntary capacities. We have a major challenge ahead of us!

Ce séminaire traitera les points suivants :

  • Pourquoi un tel changement de cap ? Quelle direction devons nous suivre ?
  • Comment construire/partager une vision d'un futur énergétique désirable dans ma ville ?
  • Que puis-je faire pour partager cette vision ?

Je crois vraiment que ce sont des questions très importantes. Je suis persuadé que nous avons besoin de nous inscrire dans une perspective. Cela permet de donner du sens à l'action et de savoir pourquoi nous nous mobilisons. Le facteur 4, les 3x20, la société des 2000 W sont beaucoup trop abstraits. Il nous faut les traduire en images, en concepts adaptés à notre territoire et à notre échelle de temps. C'est ce qui fait le succès d'initiatives comme les transition towns (Elvire en parle ici et Nathalie ). En cela, je pense que les travaux qui seront menés durant ce séminaire pourront nous inspirer pour être un peu plus dans l'imagination et un peu moins figé dans nos contraintes immédiates.

Tout le matériel des deux précédents séminaires est disponible en ligne. Petite suggestion au passage, si les présentations pouvaient être enregistrées en vidéo pour être mises en ligne ensuite, ça complèterait bien les actes et ce serait vraiment parfait (il parait que maintenant on peut même faire des sous-titres sur youtube ;-) ).

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J'en profite pour dire que la campagne Imagine, c'est aussi une très belle exposition autour de 16 territoires qui montrent la voie du futur énergétique de l'Europe. Il y a même une visite virtuelle de l'exposition vraiment très bien faite que je vous conseille vivement. Les collectivités locales peuvent acheter l'exposition et, petit plus très valorisant, faire réaliser un 17ème panneau pour mettre en valeur leurs actions !

Revue de numéro d'usine

La lecture du n° d'août de l'usine à GES est tout à fait intéressante.

L'édito se penche sur les différences entre les mouvements environnementalistes anglais et français dans leurs priorités. En Angleterre, un projet de nouvelle centrale thermique à Kingsnorth a été le lieu de rassemblement de l'édition 2008 du Climate Camp (après Heathrow l'an dernier). En France, les regards sont braqués sur l'EPR et les mobilisations contre les centrales thermiques sont plus des réactions locales qu'un mouvement global.

Vient ensuite un entretien avec Claude Turmes, eurodéputé vert luxembourgeois, spécialiste de l'énergie et du changement climatique, que j'ai eu le plaisir d'écouter l'an dernier pendant les Open Days. Cet homme est charismatique et connait ses sujets. Il fait ici le point sur les discussions en cours au niveau européen. Sur les agro-carburants, il précise que certains acteurs ont intérêt à freiner leur développement. Et notamment les Nestlé, Unilever & Co qui ne veulent pas voir apparaitre de critères de durabilité pour les agro-carburants car "90% des coupes dans les forêts vierges d'Indonésie servent à la production de margarine, pas d'énergie".

green-street.jpg

Plus loin un article sur les green streets (encore en Angleterre). Il s'agit d'une "compétition", sponsorisée par British Gas, qui oppose depuis 6 mois huit foyers de huit rues de huit villes d'Angleterre (soient 64 familles, vous suivez ?). L'objectif : réduire le plus possible consommation d'énergie et émissions de GES. Les moyens : 38 000 € par rue alloués par le gazier pour réaliser des travaux, le suivi par un conseiller maison, des appareils électro-ménager A++ et un compteur électronique pour électricité et gaz. Les résultats sont intéressants : en six mois, de février à juillet, la consommation à baissé en moyenne de 20% par rapport à l'année précédente toutes énergies confondues. L'analyse de l'IPPR (Institute for Public Policy Research, un think tank) est que les économies sont principalement dues a l'ensemble mur à cavité, chaudière à condensation et isolation. L'évolution des comportements a également joué, une famille ayant fait chuter sa consommation de gaz de -45 % en ne chauffant plus toutes les pièces de la maison et en éteignant le four 10 minutes avant la fin de la cuisson ! Au-delà des résultats chiffrés, je retiens que l'aspect ludique, voire compétitif, peut jouer un rôle important dans la mobilisation de familles entières.

Pour conclure, je découvre sur le site de l'usine à GES un compteur qui tourne à toute allure : il s'agit des tonnes de CO2 émises dans le Monde depuis le début de la journée. A 22h, on est à 62,7 millions de tonnes...

Photo credit: Flickr user Mark Sardella, Creative Commons License

mardi, septembre 2 2008

Inscrire le geste individuel dans une dynamique collective

"Pour les ménages, la recherche du confort prime encore sur les économies d'énergie". C'est le titre d'une étude du CREDOC qui montre que "la hausse de la consommation d’énergie dans l’habitat est liée à un phénomène de hausse des standards de confort individuels, qui induisent des comportements de consommation peu économes."

La partie de l'étude qui me semble la plus intéressante concerne les politiques publiques. La modification des comportements est recherchée en jouant sur les leviers incitatifs (rendre profitables les comportements économes) et informatifs (sensibiliser aux enjeux de la baisse de la consommation d’énergie).

La logique de l’action publique vise à réconcilier le consommateur et le citoyen, c’est-à-dire celui qui cherche à maximiser son intérêt et celui qui, soucieux de l’intérêt général, est capable d’adapter ses comportements en conséquence.

Alors que les politiques de maîtrise de l'énergie ont eu un effet sur les acteurs industriels qui ont une rationalité économique et n'ont pas à se soucier de l'intérêt général, elles ont été moins efficaces pour la modification des comportements individuels. Le CRÉDOC explique cet échec en mettant en relation la multiplicité des gestes quotidiens à changer avec les gains relativement modérés qu'ils sont susceptibles de déclencher (en comparant deux familles de quatre personnes habitant en maison individuelle et aux comportements opposés). Beaucoup d'efforts pour peu d'effets. L'étude indique également que le consommateur ne dispose pas d'une information parfaite et n'entre pas facilement dans une logique d'intérêt à moyen ou long terme. Enfin, il est souligné que la dimension collective de la consommation d'énergie est oubliée.

"Pour comprendre pleinement les comportements de consommation des ménages et définir des marges de manœuvre pour les infléchir, il est nécessaire de s’intéresser aux structures qui les conditionnent plutôt que d’en appeler uniquement à la diffusion de la sensibilité écologique qui, bien que réelle, reste relativement indépendante des comportements effectifs. Les travaux du CRÉDOC sur la mise en place du tri sélectif ont en effet montré que l’adoption par les ménages de la pratique du tri des déchets était moins liée à leur conscience écologique qu’à la mise en place d’une offre de service public (système de poubelles, taxes et redevances d’enlèvement des ordures ménagères), qui inscrit le geste individuel du tri dans un cadre collectif canalisé. Il faut réfléchir à un mécanisme équivalent de canalisation des comportements dans le domaine de la consommation d’énergie."

Les comportements éco-responsables sont effectivement plus ou moins facilités par :

  • la densité du réseau de transport en commun (et la présence d'un arrêt de bus à proximité),
  • la présence d'un garage à vélos sur le lieu de travail ou d'un local sur le lieu d'habitation,
  • la possibilité de régler la température d'une pièce autrement qu'en ouvrant ou fermant les fenêtres,
  • etc.

Les structures (physiques et sociales) définissent effectivement très fortement les possibilités d'action.

"Il pourrait s’agir par exemple d’un système collectif de rationalisation des consommations d’eau et d’énergie à l’échelle des immeubles

collectifs. Sa mise en œuvre pourrait s’appuyer sur un acteur de proximité particulièrement important pour le secteur résidentiel-tertiaire, le syndic d’immeuble, qui est généralement soucieux de faire baisser les charges de gestion des bâtiments. L’une des principales mesures que les syndics pourraient mettre en œuvre consiste à baisser le niveau de température fourni par les installations de chauffage collectif et de fourniture d’eau chaude."

On pourrait également imaginer de coupler l'individualisation des charges de chauffage, qui permet aux habitants d'un immeuble de s'inscrire dans une logique d'action personnelle (mes efforts ont un impact sur ma facture et ne sont pas dissouts dans le pot commun), avec une quote-part sur la consommation globale de l'immeuble. Ainsi, on aurait une offre de service (le compteur de chaleur) qui inscrit le geste individuel dans un cadre collectif canalisé.

"Si les leviers de l’information et de l’incitation sont indispensables pour orienter le message public, ils ne sont pas suffisants à eux seuls et doivent être complétés par des mesures plus structurelles. Infléchir les comportements vers la maîtrise des dépenses d’énergie (la MDE) nécessite, aujourd’hui, de peser plus fortement sur les leviers de la consommation et de la gestion collective des usages individuels."

En s'intéressant à cet aspect social des comportements individuels, on ne laisse plus l'habitant seul face à la responsabilité de réduire unilatéralement ses consommations d'énergie. On lui donne les moyens d'agir et on fait partager l'effort au niveau du groupe (quel que soit sa taille : foyer, immeuble, quartier, collectivité).

Variables_conso_Energie.jpg

lundi, septembre 1 2008

Cités de l'énergie

2008 est l'année des vingt ans du label suisse "Cités de l'énergie" qui récompense les villes, communes et régions qui se sont engagées à atteindre les objectifs du programme SuisseEnergie. Il s'agit en fait d'un processus d'amélioration continue (similaire aux démarches qualité ISO) qui explore six domaines clé pour une politique énergétique :

  • Aménagement du territoire, constructions
  • Bâtiments et équipements communaux
  • Approvisionnement et dépollution
  • Mobilité
  • Organisation interne
  • Communication et coopération

Processus_step-by-step.gif

Le profil initial d'une ville candidate est déterminé sur la base d'un catalogue de 87 mesures possibles. Le nombre de points maximum possibles et les actions déjà réalisées ou décidées sont ainsi recensés. La politique énergétique est alors définie pour une durée de quatre ans, puis officiellement votée par la collectivité. La mise en oeuvre et le suivi des résultats sont étudiés chaque année par le conseiller Cité de l'énergie qui accompagne la collectivité. Le label s'obtient à partir du moment où au moins 50 % des mesures possibles sont réalisées ou planifiées.

En 2008, il y a plus de 160 cités de l'énergie en Suisse. Mais seulement 10 ont reçu le label Cité de l’énergie eea GOLD. L’« European Energy Award® GOLD» est la plus haute distinction des Cités de l’énergie. Pour l’obtenir, plus de 75% des mesures possibles doivent être réalisées ou planifiées.

Une reconnaissance internationale

Le label est désormais reconnu en Europe en tant que European Energy Award®. En France, il a été renommé Cit’ergie et est apparu dans le cadre du projet Reve Jura Léman dont l'objectif était de développer les conditions de mise en œuvre du label dans les collectivités françaises du projet. C'est ainsi que Besançon, Echirolles, Montmélian et Grenoble Alpes Métropole ont reçu le label Cit’ergie/eea®en novembre 2007. A partir de 2008, l'Ademe va organiser le déploiement du label au niveau national.

Reve_small.jpg

Je trouve cette démarche extrêmement intéressante puisqu'elle structure l'action (état des lieux, rapport annuel), inscrit la démarche des collectivités dans un processus d'amélioration continue avec l'objectif du label Gold et permet de communiquer autour de la politique énergétique (reconnaissance nationale puis européenne pour les meilleures). A vrai dire, cela me semble être un outil parfait pour une collectivité qui déciderait de signer le Pacte des Maires. '' Ressources :

dimanche, août 31 2008

Blog Day 2008

Je profite de ce 31 août 2008 pour participer à l'édition annuelle du blog day. Le principe est simple.

  1. Trouver 5 nouveaux blogs que vous trouvez intéressants.
  2. Informer les 5 bloggers que vous les recommandez pour le BlogDay 2008.
  3. Ecrire une courte description de chaque blog et placer un lien vers les blogs recommandés.
  4. Poster sur le "BlogDay Post" (le 31 août).
  5. Ajouter le lien BlogDay suivant: http://technorati.com/tag/blogday2008 et un lien vers le site du BlogDay: http://www.blogday.org.

Blog Day 2008

Voici ma sélection :

  • La Marguerite (lamarguerite.wordpress.com), le blog environnemental d'une franco-américaine sur les solutions comportementales au changement climatique. Ce blog fait partie de la sélection Top 10 Eco-Blogs for Earth Day 2008 de Times Online. Mon chouchou du moment.
  • Les Inventeurs (leblog.lesinventeurs.fr) est le blog de la SCOP du même nom, "clairement une agence engagée et militante, prônant le changement de paradigme". Je vous conseille de jeter un oeil à leur site lesinventeurs.fr.
  • Open the future (openthefuture.com), le blog de Jamais Cascio, co-fondateur de worldchanging.com, qui écrit à l'intersection des technologies émergentes, des dilemmes environnementaux et des transformations culturelles. Inspirant.
  • Ecolo du jour (ecolodujour.com), le blog de Grégoire Jacob, français habitant en Suède, qui nous fait découvrir des solutions mises en œuvre dans les villes d'Europe du Nord. Un site créateur d'idées et d'espoir comme je les aime.
  • Un crayon dans le coeur (bloglaurel.com), le blog de Laurel, dessinatrice de BD qui se met en scène avec visiblement autant de plaisir qu'on en a à la lire.

Du français et de l'américain, de l'écolo et du dessin. Faîtes votre choix !

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