Blandine Pidoux, qui anime le blog de la campagne Imagine d'Energie-cités, a récemment mis en avant un billet publié sur le site worldchanging.com où il est question du concept "One Planet Living" (OPL pour les intimes) et de sa déclinaison à l'échelle d'une ville.

L'idée de One Planet Living est basée sur l'empreinte écologique. Selon la définition du WWF dans le rapport Planète Vivante 2006 :

L'empreinte écologique mesure la demande de l'humanité vis-à-vis de la biosphère. Elle se mesure en surfaces biologiquement productives de terre et de mer, nécessaires pour fournir les ressources que nous utilisons et les déchets que nous produisons.

Si chacun sur terre vivait comme un européen, il faudrait trois planètes Terre. WWF et BioRegional (les initiateurs de BedZed) ont donc élaboré 10 principes devant permettre de vivre à l'échelle de notre planète. Ce sont les 10 principes One Planet Living.

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Chacun de ces principes répond à un défi environnemental majeur, pose un objectif global à long terme et induit une stratégie de mise en oeuvre.

Par exemple :

  • Zero carbone est bien entendu lié au changement climatique entrainé par les émissions humaines de gaz à effet de serre. L'objectif est d'atteindre des émissions de CO2 nettes nulles pour les projets OPL. La stratégie correspondante est de réduire les besoins (toujours la sobriété énergétique en premier, j'y reviendrai), de mettre en oeuvre l'efficacité énergétique dans les bâtiments et les infrastructures, puis d'utiliser des sources d'énergie renouvelables locales (voire non locales si le contexte l'impose).
  • Zero déchet doit répondre à l'énorme défi posé par l'élimination des déchets et par le gaspillage de ressources précieuses. L'objectif est d'arrêter l'envoi de déchets en décharges ou en incinérateurs. La stratégie de mise en oeuvre de ce principe s'appuie sur une meilleure conception pour réduire les déchets à la source, sur un encouragement à la réutilisation, au recyclage et au compostage, sur la génération "propre" d'énergie à partir de déchets, sur l'élimination du concept de déchet dans une société qui gère efficacement ses ressources.
  • Transport durable (ou soutenable) car les déplacements en avion et en voiture peuvent contribuer au changement climatique, aux pollutions sonores et de l'air. L'objectif est de réduire la dépendance aux véhicules privés et d'entrainer des réductions majeures dans les émissions de CO2 dues au transport. Pour cela, il est proposé de fournir des systèmes de transport et des infrastructures qui réduisent la dépendance à l'usage de carburant fossile et de compenser les émissions du trafic aérien et peut-être du transport routier.

Les sept autres principes sont :

  • Matériaux locaux et durables
  • Nourriture locale et durable
  • Eau durable
  • Habitats naturels et vie sauvage
  • Culture et patrimoine
  • Equité et commerce équitable
  • Santé et bonheur

Un manuel relativement complet sur ce programme détaille la méthodologie pour appliquer ces principes à l'échelle de villes ou de quartiers.

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Un certain nombre de projets de communautés OPL sont déjà engagés au niveau mondial dont un site d’écotourisme et d’habitation au Portugal (Mata de Sesimbra), ou un projet de 2 000 logements appelé aux portes de Londres. BioRegional travaille également avec l'arrondissement londonien de Sutton pour la mise en oeuvre des 10 principes OPL à travers un plan d'action. C'est le programme Towards One Planet Living in Sutton que j'avais évoqué dans un précédent billet.

J'ai assisté aujourd'hui à une rencontre organisée par Rennes Métropole sur la mise en oeuvre des Agenda 21 dans les communes de l'agglomération. Une première table ronde a été l'occasion d'entendre quatre élus de "petites communes" (2 à 3 000 habitants en moyenne) présenter leurs actions de développement durable. J'ai été frappé par la très grande cohérence des élus et leur engagement. Les difficultés présentées concernaient surtout la communication et l'évaluation. Pas évident en effet de communiquer sur un concept aussi large que le développement durable, de donner du sens et de la cohérence à ce qui peut ressembler à une juxtaposition d'actions, et d'évaluer un plan d'action qui traite aussi bien d'aménagement, de déplacements ou encore d'espace verts. Comment savoir où l'on va quand on ne dispose que d'un baromètre du développement durable et pas d'une direction claire et comprise par tous ?

C'est à mon avis l'intérêt principal de l'empreinte écologique.

  • Elle permet de fixer un objectif à un agenda 21 de collectivité (vivre au niveau d'une planète sur un territoire).
  • Elle donne du sens au plan d'action.
  • Elle rend possible une évaluation de son impact global (en plus de l'évaluation de chacune des actions qui le composent).
  • Elle facilite énormément la communication en rendant lisible l'action publique.
  • Elle permet la mobilisation des acteurs du territoire autour d'un projet symboliquement fort.

Ne serait-ce que pour cette dernière raison, l'utilisation de l'empreinte écologique à l'échelle des territoires mérite d'être approfondie.